pas/pas/pas/passionnément

(vice vibratoire autonome)

2016

pas/pas/pas/passionnément

(vice vibratoire autonome)

 

Ce rythme vient de Gherasim Luca, poète roumain qui a joué avec la langue française jusqu’à… toujours. Le poème « Passionnément », écrit comme un bégayement clonique et récité de façon tranchante  et en perdant le souffle. Parole gestuelle. Cassure. Creux. Vide.

Si la parole de Gherasim Luca est ainsi éminemment poé­ti­que, c’est parce qu’il fait du bégaie­ment un affect de la langue, non pas une affec­tion de la parole. C’est toute la langue qui file et varie pour déga­ger un bloc sonore ultime, un seul souf­fle à la limite du cri Je t’aime pas­sion­né­ment. (DELEUZE, 1993 : 139)[1]

C’est un poème d’amour, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse. C’est sur la vibration et le rythme donné. Donné par l’auteur pendant une lecture en 1973[2] et par la lecture solitaire dans mon atelier. Luca est aussi assez abstrait et libre dans son écriture comme pour permettre à un  qui est déjà gestuel a suivre son rythme, son souffle et son jeu.  Oui, le jeu. Le fil conducteur cette série. Tout comme Gherasim Luca a joué avec la langue, avec les mots et le(s) sens je me suis permis d’expérimenter. Mon jeu n’est pas allé plus loin du formalisme – quel contenu théorique peut-il avoir après un pas/pas/pas/passionnément si emporté et véhément ? Mon est l’expérience des matériaux. Aller plus loin du tableau tel que je le conçois traditionnellement. Du goudron, du vernis, de la taille avec des gouges, de l’encre, du texte sur une planche de pvc d’un blanc artificiel très éloigné du papier qu’utilise la maison d’édition José Corti qui publique à Luca… Ce sont des livres qu’on doit leur couper les pages avant la première lecture. Ainsi, la coupure m’a accompagné depuis le début. Mais, l’important, c’est le rythme.

Doina Vieru

 

 

[1] http://cmdr.ens-lyon.fr/spip.php?article87

[2] https://www.youtube.com/watch?v=16ltchO5Vpw

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